mercredi 16 avril 2014

Envoyée ! C'est pesé !

paru dans le Monde

Dans la nuit du 21 mars, un accord Unedic a été conclu en quinze minutes après onze heures de suspension de séance et de conciliabules de couloir. Alors que le chômage touche des millions de personnes, comment est-il possible que les règles de son indemnisation soient dictées dans les locaux du Medef, sans aucun contrôle démocratique, sans vraies négociations, sans droit de regard ni de la représentation nationale ni des principaux concernés ?  
Ces vingt-cinq dernières années, le Medef et la CFDT ont régné sur la direction de l’Unedic. Résultat : 6 chômeurs sur 10 en France ne sont pas indemnisés. Réforme après réforme, on limite les dépenses en cessant d'indemniser une partie des allocataires.Les économies sont faites sur le dos des pauvres, priés de devenir encore plus pauvres.
EN PERIODE DE CRISE, C'EST UN MASSACRE
Aujourd’hui, l’annexe 4 est vidée de son contenu : pour plus de 70% des intérimaires, c’est une baisse de revenu qui atteindra en moyenne 300 euros par mois. Autres victimes de l’accord, les « chômeurs à activité à temps réduit », les chômeurs âgés, toujours les plus fragiles dont on croit le pouvoir de nuisance médiatique presque nul. Pour les intermittents, l’accord reprend l’ensemble du texte désastreux de 2003 et l’aggrave. Ce sont plus que jamais les nombreux exclus du régime qui paieront les assedics des rares salariés à hauts revenus. Au final, 400 millions d’euros d’économies sur le dos des chômeurs et des précaires. En période de crise, c’est un massacre.
Pourtant, malgré les chiffres catastrophiques du chômage, le montant global des cotisations est toujours supérieur aux indemnités versées. En 2011, le solde entre cotisations et versements était positif de 4,5 milliards d’euros. Mais les 6 milliards engloutis par l’Unedic et Pôle emploi en frais de gestion ont entraîné un déficit d’1,5 milliard.
Pourquoi n’examine-t-on jamais ce coût de fonctionnement ? Combien coûtent les entreprises d’audit et de coaching censées contribuer à l’employabilité des chômeurs ? Combien de millions dépensés pour contrôler, culpabiliser, obliger les chômeurs à chercher activement des emplois qui n’existent pas ? Pourquoi l’immolation par le feu de Djamal Chaar devant une agence de Nantes le 13 février 2013 ?
L'UNEDIC NE DEFEND PLUS LES PLUS EN DIFFICULTES
La gestion paritaire de l’Unedic serait devenue un « système quasi mafieux »  où il n’est plus question de défendre les principaux concernés. Les syndicats patronaux ont refusé toute hausse des cotisations, sauf dans le secteur du spectacle dont les employeurs ne sont pas représentés à la table des négociations. Les compagnies de théâtre et maisons de production de l’audiovisuel indépendant subiront de plein fouet cette mesure dont le gain pour le budget de l’Unedic sera négligeable. Quant au syndicat FO, on se demande combien d’emplois réservés on lui a laissé entrevoir pour qu’il signe un accord opposé à ce qu’il a toujours défendu.
Comment ce paritarisme à la dérive parvient-il à imposer ses coups de force sans provoquer une révolte générale ? Par de pures campagnes de propagande. Rappelons que l’auteur des rapports de la Cour des comptes sur l’intermittence est Michel de Virville, un ancien cadre du Medef, président de l’Unedic poussé à la démission pour « affaires ». Ces « experts » communiquent sur un pseudo déficit et désignent ensuite un bouc-émissaire, celui qui coûte trop cher. Quand on sait que les 110 000 intermittents du spectacle ne représentent que 3,5% des chômeurs indemnisés et 3,4 % des dépenses de l’Unedic, on voit que l’accusation est grotesque, qu’il s’agit d’un projet idéologique. Comme l’a un jour affirmé un de leurs représentants : « L’important n’est pas que ce soit vrai, l’important c’est que tout le monde le croit. »
Pourquoi le Medef prend-il pour cibles les intermittents, si peu nombreux, les intérimaires, si précaires ? Parce que les annexes 4, 8 et 10 de l’assurance-chômage faisaient partie des rares dispositifs de protection sociale pensés pour l’emploi discontinu. Aujourd’hui 86% des embauches se font en CDD, il y a des millions de salariés pauvres ou à temps partiel. Le Medef ne veut pas que le régime des intermittents du spectacle ou des intérimaires servent de modèle aux autres : il s’agit d’empêcher à tout prix les précaires de réclamer des droits sociaux en échange de l’hyper-flexibilité voulue par leurs employeurs. On procède à des licenciements massifs et dans le même temps on détruit les droits de ceux qui les subissent.
NE PAS COURIR APRÈS LE MODÈLE ALLEMAND
La Coordination des intermittents et précaires a élaboré des contre-propositions pour tous les intermittents de l’emploi. Notre slogan de 2003 : « Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous » est devenu une évidence. Défendre les régimes d’indemnisation qui assurent une continuité de revenu face à la discontinuité de l’emploi, c’est défendre l’ensemble des salariés.
Après le désaveu des municipales, le nouveau gouvernement est confronté à un choix historique : rester au service des stratégies néolibérales, courir après le modèle allemand du plein emploi sous-payé, avec ses « petits boulots en-dessous du smic » chers à Pascal Lamy, ou opter pour une autre société que celle de la pauvreté et de la précarité de masse, pour une solidarité permettant de vivre au présent et de penser le futur.
Le comité de suivi sur l’intermittence réunissant députés, sénateurs et des représentants des employeurs et salariés du secteur culturel a élaboré des propositions justes, adaptées et plus économiques. Le nouveau ministre du travail, François Rebsamen, a soutenu toutes ces mesures en signant tribune rendue publique le 9 mars. Comment pourrait-il agréer un accord qui ne reprend aucune de ses préconisations ?
Par Irene Bonnaud, Véronique Timsit, Samuel Churin, Nicolas Bouchaud Pour la Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France

jeudi 10 avril 2014

Rendez-vous au Pole Emploi du 10 avril 2014


Nous étions quelques intermittents réunis à la Maison de l'Emploi pour dénoncer l'accord proposé par le MEDEF.

10 personnes ont été reçues par M. Darmais, directeur départemental de Pole Emploi.
Nous lui avons donné la base de nos revendications, en lien avec le nouveau protocole défendu par la Cip Nationale.





LE BOUC ÉMISSAIRE

ÉDITO

LE BOUC ÉMISSAIRE

Par Olivier Frettois le 25 mars 2014
http://www.profession-spectacle.com
Le terme de « bouc émissaire » provient de la traduction grecque de « bouc à Azazel », un bouc portant sur lui tous les péchés d’Israël. Selon René Girard le bouc émissaire désigne également l’individu, nécessairement coupable pour ses accusateurs mais innocent du point de vue de la « vérité », par lequel le groupe, en s’unissant uniformément contre lui, va retrouver une paix éphémère.
Le MEDEF qui porte quelques responsabilités sur le déficit de l’UNEDIC, laquelle nécessite probablement une révision en profondeur de son mode de gestion, a désigné aux médias, donc à la vindicte populaire, les intermittents comme boucs émissaires de la crise économique et sociale que vit notre pays depuis un trop grand nombre d’années.
Mais si l’on y regarde de plus près, le déficit de l’UNEDIC est dû à de nombreuses dérives comme le montrent les résultats, dans les comptes de l’assurance-chômage : Le déficit le plus lourd provient des salariés en CDD : 5,592 milliards d’euros, et celui des intérimaires s’élève à 1,464 milliards d’euros.*
Les intermittents du spectacle, dont on néglige délibérément l’apport économique dans notre société, constituent le groupe idéal pour engager une politique ultra-libérale s’appuyant sur un utilitarisme à court terme, afin de mettre en place une dérégulation sociale qui pourrait se généraliser par la suite. Ces gens-là sont pragmatiques et méthodiques.
Il suffit de s’appuyer sur un bon sens populaire mal informé pour traquer ces « oisifs » qui n’apportent rien à la société, en utilisant une presse qui se veut d’investigation, pour mettre en évidence quelques cas d’abus du système, et le tour est joué !
Mais le patronat supranational ne s’arrêtera pas là pour réduire la France au modèle culturel européen moribond. Chez ces gens-là, il n’est de richesses que financières et par expérience, on sait que la finance ne partage pas.
Le faible pourcentage d’intermittents par rapport au nombre de travailleurs français rend cette cible plus facile. On oublie seulement de préciser que presque tous les spectacles, concerts, festivals et autres prestations artistiques ne pourraient exister sans les intermittents.
La suppression des annexes 8 et 10 de la convention UNEDIC tuera sûrement « l’exception française » (notion abhorrée par ces messieurs sérieux en cravate, parce que trop exceptionnelle et trop française), en matière de politique culturelle et mettra à mal toutes formes d’expressions culturelles dans notre pays qui avaient résisté jusqu’ici au rouleau compresseur d’outre-Atlantique.
* Chiffres de la Cour des Comptes 26/11/2013

mercredi 9 avril 2014

Nous sommes intermittents, chômeurs, précaires.

Nous sommes intermittents, chômeurs, précaires.

Nous sommes ici parce que les négociations sur le régime d'assurance chômage se sont faites sans nous et contre nous. Nous refusons cet accord conclu entre les organisations patronales et la CFDT, CFTC, FO. Nous ne sommes pas dupes et nous sommes en colère : imposé par le MEDEF, cet accord nous affaiblit tous. Le gouvernement ne doit pas laisser passer cet accord, il doit refuser l’agrément maintenant.


Quand la pauvreté touche plus de 9 millions de personnes,
Quand 80 % des embauches se font en contrats courts,
Quand un chômeur sur deux n'est pas indemnisé,
Le vrai scandale est de s’attaquer aux droits sociaux en faisant payer les plus précaires. Sous des prétextes fallacieux et sans débat contradictoire, c’est toute la protection sociale mutualiste qui est visée.
Nous demandons une réforme complète de l'Unédic, de son fonctionnement, de sa représentativité, de son financement afin que tous les chômeurs bénéficient d'une indemnisation adaptée.

Nous refusons de payer deux fois cette crise idéologique. Nous voyons la vie autrement, nous voulons vivre dignement.

Les salariés intérimaires et les intermittents dont l'emploi est par nature discontinu et précaire, sont plus que jamais attaqués par cette nouvelle convention. Leur mobilisation se renforce de jour en jour pour demander la renégociation de cet accord. Les festivals approchent. Il n’est pas trop tard.
Le vaste mouvement des précaires et intermittents qui grandit depuis 11 ans a fait émergé des propositions adaptées et justes, en partie portées par le comité de suivi à l'Assemblée Nationale. Nous demandons qu'elles soient enfin prises en compte, aujourd’hui.

Nous avons des propositions. Nous ne voulons pas vivre comme des esclaves. Nous voulons du temps pour penser et travailler d’autres mondes que celui de la concurrence de tous contre tous.

CONTRE LA CULTURE DE LA PEUR ET DE LA DETTE, nous appelons tous les intermittents, intérimaires, chômeurs, précaires, salariés, à se réunir partout et à occuper l'espace public.

Nous marcherons ce samedi 12 avril contre l’austérité et pour gagner de nouveaux droits sociaux

Nous saluons Franck de Bourgogne, intermittent, précaire en grève de la faim depuis 30 jours

Nous soutenons les lycéens et les travailleurs sans papiers, les postiers en grève depuis janvier.

Intermittents, intérimaires, chômeurs, précaires, salariés, avec ou sans papiers
Ce que nous proposons, nous concerne tous.
Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous.